Nous étions attablés dans le jardin, avec mon frangin et ma belle-soeur et nous occupions notre temps à trouver un prénom au cabot. Je me rappelle de Mouf, qui nous a bien fait rire et c'était la moins pitoyable des inventions... Et Momo a préféré quelque chose de plus ordinaire : Jessie... sur je ne sais quelle inspiration. Avec l'usage, ça s'est transformé en Tessie, un prénom qui a duré 12 ans.
Mais je persistais avec Chien-Chien.
Elle est donc arrivée sur quatre pattes, comme il se doit pour ce genre de bestiole... bien que la Minouchette qui avait été livrée quelques mois auparavant évoluait de la même façon alors qu'elle est de la race des deux pattes.
C'était touchant de les voir rampant et bavant sur la plage des Minimes, l'une en train de faire des pâtés de sable, l'autre en train de batifoler de tous les côtés...
Elle était marrante, cette chienne, avec ses taches noires autour des yeux, on aurait dit un raton laveur. Elle vous regardait et j'imaginais qu'elle souriait avec un air à déconner...
Espiègle, elle l'était ! Les parents la laissaient courir sans laisse dans les grands espaces, à la campagne, sur la côte, le long des canaux, dans les bois, dans les salines... Elle détalait à fond de train lorsque je la défiais au sprint, la langue pendante, les oreilles couchées, le râble hérissé, la queue en panache, tous les pistons en action sous sa fourrure... Elle s'en donnait à coeur-joie...
Mais voilà... son instinct de chasseresse intact, elle coursait tout ce qui ressemblait à du gibier... du mouton aux grenouilles, en passant par les veaux, les canards, oies, lapins, ragondins, taupes, mulots etc...
Et on pouvait toujours la rattraper, essayer, tout du moins...
Elle nous voyait nous remuer derrière elle, Momo criait son nom en agitant son bâton de marche et je pataugeais dans la boue en comptant lui mettre la main dessus alors qu'elle plantait ses crocs de loup des neiges dans les cuisseaux de bétail. Elle décidait soudain d'abandonner les bovins à leur panique et de m'attendre, le museau posé sur le sol entre ses pattes, la queue frétillante et le regard en coin, et dès que j'arrivais à une distance critique, elle filait comme une fusée. Elle aurait poussé un grand éclat de rire au même instant que ça ne m'aurait pas étonné.
J'étais furax et elle s'amusait comme une folle, la sale bête !
Elle nous réservait d'autres frayeurs en rayon. Lorsque, petite, elle est tombée dans la Boutonne. J'ai dû faire trempette pour la récupérer. Elle a chuté dans le canal de Rompsay également... sans pouvoir remonter sur la berge. Des pêcheurs à la ligne lui ont porté secours. Pire encore... en chassant une chose à poils et à pattes, elle s'est engouffrée dans un buisson sur la falaise du côté de Lauzière... et elle n'a pas pris suffisamment d'élan pour voler. Elle s'est retrouvée sur la table du vétérinaire cousue de toutes parts.
Momo et Gégé la sortaient tous les jours pour sa promenade. Elle pouvait courir au moins 3 ou 4 heures par jour. Elle se dépensait beaucoup et était gratifiée de toute l'attention qu'un couple de retraités pouvait lui prodiguer. Ce qui permettait d'assurer à l'animal un certain équilibre. Tessie était amicale avec tous les humains, des plus grands aux plus petits et avec ses congénères de tous les pédigrées.
En vieillissant, elle perdait de son énergie, semblait plus fatiguée. S'assagissait par la même occasion. Et puis le véto lui a découvert une tumeur qui nécessitait une euthanasie. Elle a fermé ses yeux entourée de Momo et de Nico.
C'était une compagne chérie par tout le monde.